La qualité de l'air en Auvergne-Rhône-Alpes

Précisions méthodologiques

Pour les secteurs agriculture et autres transports (aérien, ferroviaire et fluvial) les données de 2019 ont été estimées par une méthode d'extrapolation des données historiques (modèle ARIMA - AutoRegressive Integrated Moving Average), une méthode statistique utilisée pour l’analyse et la prévision de séries de données temporelles : pour chaque secteur, l’historique des données de 2010 à 2018 est utilisé comme des années dites d’apprentissage). Il en découle que les émissions de polluants atmosphériques et leurs évolutions, qui intègrent ces données estimées, sont à considérer avec une marge d’incertitude.

Les données relatives à la qualité de l’air sont des données 2020.

Plus d’info sur la méthodologie

État des lieux

Les activités humaines (transports, chauffage, industrie…) produisent des polluants atmosphériques tels que les particules en suspension ou les oxydes d’azote. En période estivale, ces oxydes d’azote participent aussi à la formation de l’ozone troposphérique (polluant secondaire) par une réaction chimique initiée par les rayons UV (Ultra-Violet) du soleil. Ces polluants affectent localement la santé des populations. D’une manière générale, les populations les plus exposées à la pollution atmosphérique résident dans les centres-villes des grandes agglomérations ou en bordure des voiries routières importantes, mais l’ozone touche principalement les zones périurbaines et rurales ainsi que les zones d’altitude en été.

L’amélioration de la qualité de l’air est au carrefour de divers enjeux : un enjeu réglementaire, un enjeu sanitaire et sociétal, un enjeu de transition énergétique dans un contexte de changement climatique et un enjeu d’attractivité économique.

Auvergne-Rhône-Alpes dispose de territoires variés mais présente également de fortes disparités d’exposition de la pollution aux problèmes de qualité de l’air : des territoires surexposés, les grandes agglomérations, où vivent près de 80% de la population régionale ; des zones à risques (vallée du Rhône, vallée de l'Arve) ; des territoires à préserver sur plus de la moitié du territoire régional, car sensibles à une pollution secondaire à l’ozone, principalement estivale, néfaste pour la végétation et la santé des populations.

Émissions de polluants

Les analyses suivantes portent sur les polluants locaux pris en compte pour l’évaluation des PCAET :

  • Les oxydes d’azote (NOX)
  • Les particules fines de taille inférieure à 10 µm (PM10) et 2.5 µm (PM2.5)
  • Les Composés Organiques Volatils Non Méthaniques (COVNM)
  • Le dioxyde de Soufre (SO2)
  • L’ammoniac (NH3)

 

  • Pour les PM10, la baisse observée sur plusieurs années est imputable au secteur résidentiel (renouvellement progressif des appareils individuels de chauffage au bois et amélioration de l’isolation thermique des bâtiments), au transport routier (renouvellement du parc automobile, avec la généralisation des filtres à particules à l’ensemble des véhicules diesel neufs à partir de 2011) et à l'industrie (amélioration des procédés de dépollution, fermeture de certains sites ou réduction d'activité). A cette tendance à la baisse sur le long terme viennent s'ajouter des fluctuations annuelles en lien direct avec les variations de la rigueur climatique, qui conditionnent les besoins en chauffage et les consommations de combustible associées, en particulier le bois de chauffage. C'est ainsi que les émissions sont plus soutenues en 2010 et en 2013, années marquées par des hivers plus froids ;
     
  • En ce qui concerne les PM2.5, le constat est similaire à celui des PM10. On peut cependant noter une plus grande part du chauffage individuel au bois dans les émissions totales et, par conséquent, une part plus faible pour l’industrie (qui génère de plus grosses particules en général) ;
     
  • Pour les NOX, la baisse significative observée depuis 2000 est surtout liée aux secteurs de l’industrie et du transport routier. La diminution des émissions industrielles, principalement entre 2005 et 2010, est en grande partie imputable à une efficacité grandissante des technologies de dépollution (afin de répondre à la réglementation), ainsi qu’à une désindustrialisation sur certains territoires. La diminution des émissions du transport routier (en raison du renouvellement du parc automobile) est en partie contrebalancée par l’augmentation des distances parcourues, ainsi que de la proportion de véhicules plus lourds (SUV) ;
     
  • La baisse des émissions de COVNM provient essentiellement de l’utilisation progressive de produits contenant peu ou pas de solvants, de l’équipement des véhicules essence en pots catalytiques depuis 1993, ainsi que de la diminution des évaporations (au moyen de filtres à charbon actif dans le réservoir), de la mise en place de différentes techniques de réduction sur certains procédés industriels, de l’évolution de l’activité industrielle sur certains territoire ;
     
  • L’ammoniac (NH3) est très majoritairement émis par les sources agricoles (fertilisation des cultures et gestion des déjections animales), avec une évolution peu marquée, qui est liée à celle du cheptel et de la quantité de fertilisants épandus ;
     
  • La baisse des émissions de SO2 est majoritairement liée à la diminution des émissions de l’industrie et du transport routier en raison du renforcement de nombreuses réglementations (telles que la réduction de la teneur en soufre des combustibles ou des limites d’émissions plus sévères) et de l’évolution de l’activité industrielle sur certains territoires.

Contributions par secteurs d’activités en Auvergne-Rhône-Alpes (2019)

La contribution par polluant de chaque grande source d’émissions permet d’identifier les enjeux de l’amélioration de la qualité de l’air. La majorité des secteurs d’activités contribue de façon significative aux émissions d’un ou plusieurs polluants :

  • Le transport routier pour les NOX
  • Le chauffage individuel au bois pour les particules et les COVNM
  • L’agriculture pour le NH3
  • La grande industrie pour le SO2

Contributions par sources d’énergie en Auvergne-Rhône-Alpes (2019)

Les émissions de polluants locaux sont essentiellement d’origine énergétique, exception faite du NH3 dû aux épandages agricoles. Les produits pétroliers utilisés essentiellement dans les transports et le chauffage contribuent pour l’essentiel des émissions de NOX. Le bois bûche quant à lui est responsable d’une grande partie des émissions de particules et COVNM. Le SO2 est essentiellement émis par la raffinerie de Feyzin, la faible teneur actuelle en soufre des carburants ne donnant plus lieu à des émissions significatives des produits pétroliers.

Bilan de la qualité de l’air (2020)

L’année 2020 a été de nouveau une année favorable à la qualité de l’air et confirme la tendance à l’amélioration, excepté pour l’ozone. Il s’agit de la quatrième année consécutive au cours de laquelle aucun dépassement de valeur réglementaire n’a été constaté pour les particules sur l’ensemble de la région. Malgré ces bonnes nouvelles, la baisse globale des concentrations ne doit pas occulter les dépassements des valeurs fixées par la réglementation pour le dioxyde d’azote, essentiellement sur des zones à proximité du trafic dans l’agglomération lyonnaise, et pour l’ozone, sur une grande partie de l’est de la région et sur les zones d’altitude.

Concernant les particules (PM10 et PM2.5), les valeurs réglementaires sont respectées. Mais, sur plusieurs zones de la région, une grande partie de la population demeure encore exposée à des niveaux de concentrations supérieurs aux seuils préconisés par l’OMS.

Concernant le Benzo(a)pyrène, 2020 est la quatrième année consécutive sans dépassement réglementaire constaté. Néanmoins, malgré la baisse régulière mais une légère recrudescence en 2020, les valeurs dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie) continuent à être très proches de la valeur cible visée par la réglementation européenne et ce secteur reste sous étroite surveillance.

Pour les polluants primaires (directement émis par des sources de pollution) réglementés, les niveaux sont en baisse entre 2007 et 2018, entre -38% et -67% selon le polluant considéré.

Pour l’ozone (O3), polluant secondaire issu de la transformation de polluants primaires, après une situation globalement stable sur plusieurs années puis une augmentation en 2018, les concentrations moyennes ont tendance à diminuer depuis ces deux dernières années. L’augmentation atteint +13% en 2020 par rapport à 2007.

Exposition des populations aux dépassements réglementaires

Malgré la baisse globale des concentrations en 2020, deux polluants dépassent toujours les valeurs fixées par la réglementation : le dioxyde d’azote (NO2), essentiellement sur des zones à proximité du trafic, et l’ozone (O3), essentiellement à l'est de la région et sur des zones d’altitude.

Les populations demeurent donc encore exposées à des niveaux de pollution de l’air non négligeables dans plusieurs zones. Environ 200 habitants et uniquement dans l’agglomération de Lyon ont été exposés à des dépassements de la valeur limite annuelle pour le NO2, chiffre en nette diminution par rapport aux années précédentes : les centres-villes des grandes agglomérations et les zones à proximité des grands axes routiers restent les plus exposés à ce polluant (autoroutes, voies rapides, grands boulevards).

L’exposition à l’ozone est en diminution mais concerne encore près de 3.8 millions d’habitants en 2020, contre 4.3 millions en 2019, année la plus touchée par la formation de ce polluant ces 5 dernières années. Les zones de la région les plus touchées sont caractérisées par des températures plus élevées ou de fortes altitudes, favorables à la formation de ce polluant (chaleur et rayonnement solaire).

Les valeurs limites réglementaires pour les PM10 et PM2.5 continuent à être respectées cette année aux stations de mesure, même si la modélisation estime encore certains territoires touchés. La valeur recommandée par l’OMS pour les PM10 est respectée en 2020, alors qu’elle ne l’était pas pour 3% de la population régionale en 2019. La valeur de référence OMS pour les PM2.5 est quant à elle dépassée, mais la diminution des concentrations a permis de limiter l’exposition de la population à un peu moins de 12% des habitants de la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2020 contre 17% en 2019.

Bilan des épisodes de pollution en 2020

La qualité de l’air s’améliore régulièrement d’année en année. Pour autant, les épisodes de pollution n’ont pas totalement disparu, des augmentations temporaires mais marquées des concentrations de polluants sont encore parfois enregistrées, sous l’effet de conditions météorologiques défavorables (stabilité atmosphérique, vent faible, température très basse ou au contraire très élevée…).

L’année 2020 a été relativement épargnée par les épisodes de pollution, puisque 31 journées ont connu l’activation d’une vigilance pollution en Auvergne-Rhône-Alpes, toutes zones confondues. Cela en fait l’année avec le 2ème plus faible total de cette dernière décennie (56 jours en moyenne sur 10 ans, 38 jours en moyenne sur 5 ans).

Le bassin lyonnais Nord-Isère reste le territoire sur lequel le plus grand nombre de vigilances atmosphériques ont été activées cette année (24 jours), suivi par la vallée de l’Arve (16 jours).
A noter que 4 bassins d’air sont restés sans vigilance activée : Cantal, Est Drôme, Haute-Loire et Zone Alpine Haute-Savoie.

En 2020, 78% des journées de vigilances ont concerné un risque de dépassement des seuils réglementaires de particules PM10, marquant un retour à la prépondérance des épisodes dus aux particules PM10, après deux années « atypiques » durant lesquelles l’ozone fut majoritairement représenté. L’épisode de pollution le plus marquant de l’année a eu lieu fin janvier.

[Mise à jour : février 2022]