Impacts du changement climatique en Auvergne-Rhône-Alpes

La région Auvergne-Rhône-Alpes est soumise à des influences climatiques variées : méditerranéenne, océanique, continentale, montagnarde. C’est l’une des régions françaises où la variabilité spatiale et temporelle des paramètres climatiques est la plus grande.

  • Les reliefs exposés au nord et à l’ouest de la Région arrêtent la plupart des perturbations océaniques, ce qui conduit à des précipitations importantes sur les versants ouest et des épisodes de sécheresse sur les versants est (par exemple, sur la plaine de la Limagne).
  • L’influence continentale, caractérisée par des hivers froids et des étés chauds, couvre une bonne partie de la région. En zone de plaine, les inversions de températures sont fréquentes, provoquant des périodes de froid sec sur les villes, ainsi que le maintien de la pollution atmosphérique au niveau du sol, limitant sa dispersion. C’est notamment le cas de Clermont-Ferrand, le Puy-en-Velay, Lyon, Grenoble ou Saint-Etienne. Le cumul annuel moyen des précipitations varie entre 700 mm et 1200 mm, avec un minima en hiver et un maxima en automne.
  • L’influence méditerranéenne, avec ses hivers doux, ses étés chauds et secs et ses pluies printanières et automnales, est sensible jusqu’à Valence, ainsi qu’en Haute-Loire, de manière atténuée. Dans les Préalpes du sud, les contreforts des Cévennes, et la Haute-Loire, les maxima de précipitations se produisent à l’automne avec les épisodes cévenols. Sur le flanc est de la Région, le climat montagnard domine avec des températures très froides et des chutes de neiges fréquentes.

Un climat à venir globalement plus chaud

Températures

L’évolution entre 1959 et 2016 des températures annuelles en Auvergne-Rhône-Alpes montre un net réchauffement sur les cinquante dernières années. Les projections climatiques montrent une poursuite du réchauffement jusqu'aux années 2050, quel que soit le scénario climatique considéré. Sur la seconde moitié du 21e siècle, l’évolution de la température moyenne annuelle diffère significativement selon le scénario. Le seul qui stabilise le réchauffement est le scénario RCP2.6 (lequel intègre une politique climatique visant à faire baisser les concentrations en CO2). Selon le RCP8.5 (scénario sans politique climatique), le réchauffement pourrait dépasser 4°C à l'horizon 2071-2100.

Précipitations

Les précipitations annuelles présentent une grande variabilité d’une année sur l’autre. En moyenne sur la région, aucune tendance ne se dégage sur la période 1959-2009. Quant aux projections climatiques, quel que soit le scénario considéré, elles montrent peu d'évolution des précipitations annuelles d'ici la fin du 21e siècle. Cette absence de changement en moyenne annuelle masque cependant des contrastes saisonniers et géographiques. Sur la seconde moitié du 21e siècle, selon le scénario RCP8.5 (sans politique climatique), les projections indiquent une diminution des précipitations estivales.

Neige

En matière d’enneigement, on constate une baisse de l’enneigement à moyenne altitude, en dessous de 1 700m. Les projections climatiques indiquent que, sous l’hypothèse d’une augmentation de la température moyenne de +2°C, le nombre de journées avec de la neige au sol diminuerait d’un mois à 1 500 m d'altitude, passant de 5 à 4 mois dans les Alpes du Nord. L’épaisseur du manteau neigeux diminuerait de 40 cm. A 1 200 mètres, l’enneigement serait très faible et les conditions de pratique des sports d’hiver ne seraient plus réunies. Au-dessus de 2 500 mètres, l’enneigement serait légèrement retardé, la fonte un peu plus rapide (12 jours d’enneigement en moins) et on verrait une légère diminution de l’épaisseur du manteau neigeux.

Journées chaudes

En Auvergne-Rhône-Alpes, le nombre annuel de journées chaudes (températures maximales supérieures à 25°C) est très variable d’une année sur l’autre mais aussi selon les endroits. Sur la période 1959-2009, on observe une augmentation de ce paramètre. Les projections climatiques montrent une augmentation du nombre de journées chaudes en lien avec la poursuite du réchauffement. Sur la première partie du 21e siècle, cette augmentation est similaire d'un scénario à l'autre. À l'horizon 2071-2100, elle serait de l'ordre de 20 jours par rapport à la période 1976-2005 selon le scénario RCP4.5 (scénario avec une politique climatique visant à stabiliser les concentrations en CO2), et de 50 jours selon le RCP8.5 (scénario sans politique climatique).

Jours de gel

Le nombre de jours de gel est très variable d’une année à l’autre. En cohérence avec l’augmentation des températures, le nombre annuel de jours de gel diminue. Les projections climatiques montrent une diminution du nombre de gelées en lien avec la poursuite du réchauffement. Jusqu'au milieu du 21e siècle cette diminution est assez similaire d'un scénario à l'autre. À l'horizon 2071-2100, cette diminution serait de l'ordre de 22 jours en plaine par rapport à la période 1976-2005 selon le scénario RCP4.5 (scénario avec une politique climatique visant à stabiliser les concentrations en CO2), et de 37 jours selon le RCP8.5 (scénario sans politique climatique).

Sources : Travaux de l'ORCAE, site internet Climat HD - Météo France ; Le tourisme en France - Noël Le Scouarnec et Ludovic Martin, Direction du Tourisme, Ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi- 2008.

Ces évolutions climatiques ont des répercussions sur les écosystèmes et les ressources naturelles, notamment sur la ressource en eau, la productivité végétale, la modification d’habitats et d’espèces, et la pollution de l’air. Elles ont aussi des répercussions sur les activités économiques, comme le tourisme, l’agriculture et la sylviculture. Les acteurs des territoires doivent ainsi s’adapter.

Une ressource en eau plus rare entraînant des conflits d’usage plus marqués

Des températures en hausse et un couvert neigeux en baisse conduiront à des conditions asséchantes et donc à une pression acccrue sur la ressource en eau en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce déficit devrait toucher à terme tous les territoires, même ceux dont la ressource est aujourd’hui considérée comme abondante. La qualité des eaux pourrait également être impactée. Il convient donc, pour les acteurs de l’eau, de consolider la réflexion sur le changement climatique et de préciser les actions à mettre en œuvre, en intégrant cet enjeu dès la conception de tout nouveau projet d’installation ou d’aménagement. D’autant que les effets du changement climatique sur l’eau impacteront également les activités touristiques, l’agriculture, la sylviculture, l’industrie ou la production d’énergie.

Des ressources en eau moins abondantes

L’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée Corse en 2012, et l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne en 2016-2017, ont chacun mené une étude sur les impacts du changement climatique, sur leurs bassins respectifs. Selon ces études, l’évolution des paramètres de température, d’évapotranspiration et de neige sont des signes très nets d’une tendance vers la raréfaction de la ressource en eau.

Cela se manifestera en Auvergne-Rhône-Alpes par une baisse des débits des rivières et des étiages plus intenses, plus longs, débutant plus tôt dans l’année.

En 2050, les affluents non méditerranéens du Rhône (Saône, Loue, Ognon…) perdraient 20 à 50% d’eau en été et en automne, et jusqu'à 75% en été pour l’Isère et la Durance. Dans le bassin Loire-Bretagne, la baisse du débit d’étiage pourraient atteindre -60% entre 1961-1990 et 2046-2065 sur certains bassins des Pays de la Loire.

Une pression accrue sur la qualité de l’eau et sur les écosystèmes aquatiques

En 30 ans, les eaux du Rhône se sont déjà réchauffées de 2°C à son embouchure en été. Le réchauffement des eaux pourrait aggraver le problème de la qualité de l’eau en favorisant le développement de bactéries et la colonisation d’algues et d’espèces invasives et/ou pathogènes. En parallèle, la capacité d’autoépuration des milieux pourrait baisser, ainsi que la capacité de dilution des cours d’eau.

L‘évolution de la température de l’eau aura également des impacts sur les écosystèmes aquatiques, en particulier sur les poissons d’eau douce. Il est prévu un déplacement des aires de répartition des poissons vers le nord et en altitude : la truite fario et le chabot, notamment, verraient leur aire régresser sévèrement. Sur la Loire, les taxons rhéophiles (vivant en milieu courant) et psychrophiles de la baisse des débits.

Des conflits d’usage accentués

La pression sur une ressource diminuée et de moindre qualité pourrait entraîner des conflits d’usage de plus en plus marqués : concurrence entre l’agriculture, la production énergétique (notamment hydroélectrique) et le tourisme. Ainsi, la tension en période d’étiage risque de s’aggraver fortement là où elle existe déjà, et apparaître sur des territoires aujourd’hui en situation de confort hydrique.

La fréquentation touristique pourrait être impactée par le changement climatique

En Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région touristique en termes de fréquentation, et première destination pour la montagne, les enjeux économiques relatifs au tourisme sont importants. Une évolution significative du climat pourrait avoir des répercussions non négligeables sur le secteur, notamment sur le choix des destinations touristiques et sur la fréquentation. Il est par conséquent nécessaire pour les différents acteurs du tourisme d’avoir connaissance du changement climatique et ses impacts, afin d’assurer le maintien et le développement du tourisme dans la région.

Le tourisme, un secteur dépendant de multiples paramètres

Même si les conditions météorologiques influencent les saisons touristiques, leur durée et leur qualité, le choix et l’attractivité d’une destination touristique ne dépendent pas que du climat. Plusieurs facteurs comme le patrimoine naturel et culturel, l’accessibilité, le calendrier des vacances scolaires… déterminent l’attrait d’une destination. Aujourd’hui, les professionnels du tourisme ne constatent pas d’impact direct du changement climatique sur leur activité. Mais qu’en sera-t-il demain ?

Risque de baisse de la fréquentation touristique par endroits

  • Sous l’effet du changement climatique, le tourisme en Auvergne-Rhône-Alpes risque de faire face à une baisse de la fréquentation hivernale en moyenne montagne, venant d’une diminution de l’enneigement.
  • La fréquentation des villes en été pourrait également être impactée par l’augmentation des températures et l’inconfort thermique qui en résulte (îlots de chaleur urbain).
  • Enfin, le tourisme d’eau (sports nautiques, canoë-kayak, thermalisme…) pourrait souffrir de la sécheresse induite par le changement climatique et du manque d’eau qu’il entrainera inévitablement en été (rivières, lacs…).

Dans le cadre de l’ORCAE, un groupe de travail dédié au tourisme a été constitué afin de définir des indicateurs de suivi des impacts du changement climatique sur cette activité. Les travaux de ce groupe de travail sont valorisés dans la rubrique Données et indicateurs du site.

Le changement climatique impacte déjà l'agriculture en Auvergne-Rhône-Alpes

Risque de diminution de la ressource en eau, modifications des dates de récolte : le changement climatique peut profondément modifier les activités agricoles en Auvergne-Rhône-Alpes. Telles sont les conclusions que l’on peut tirer de travaux de recherches récents sur les effets du changement climatique sur l’agriculture.

Une agriculture contrainte de se développer dans un climat plus sec

L’évolution attendue vers une plus grande variabilité inter-annuelle des températures et des précipitations impacte de façon directe la croissance des végétaux, en termes de déroulement du cycle et de productivité. Cette tendance se répercute directement sur les pratiques agricoles, nécessitant pour les agriculteurs d’adapter ses pratiques dans un contexte de forte variabilité (étés secs succédant à des étés pluvieux, printemps précoce versus printemps tardif, ...).

L’augmentation des températures impacte aussi les besoins en eau des plantes. En effet, cette augmentation des températures engendre une augmentation de l’évapotranspiration des végétaux. Or les projections prévoient un assèchement plus important des sols à horizon 2071-2100 et ce quelle que soit la saison considérée.

Des impacts potentiels sur l’agriculture et l’élevage

Le changement climatique pourrait avoir les effets suivants sur les cultures agricoles :

  • Le rendement agricole serait potentiellement impacté de façon positive (cas du colza), ou au contraire négative (cas du maïs), alors que les systèmes fourragers pourraient voir leur rendement augmenter au printemps et baisser en été, en raison des sécheresses, avec des fluctuations importantes dans les zones d’interface climat tempéré/climat méditerranéen.
  • Les dates de récoltes pourraient être modifiées, ainsi que la qualité des productions, notamment viticoles.
  • Les besoins en irrigation des cultures actuellement irriguées pourraient augmenter, en raison d’épisodes de sécheresses plus intenses. L’augmentation serait de l’ordre de 50 mm par an pour le maïs irrigué entre le passé récent et le futur proche (2020-2049). L’augmentation de l’irrigation du blé concernerait uniquement les sols à faible réserve utile, c’est-à-dire une faible capacité de stockage en eau. De plus, de nouveaux besoins pourraient apparaître pour des cultures habituellement peu ou pas du tout irriguées, comme la vigne et les prairies.

Concernant l’élevage, trois effets majeurs sont attendus en lien avec le changement climatique :

  • D'abord le régime de pousse de l'herbe serait modifié, avec une production plus abondante en automne et au printemps, mais déficitaire en été. Cette modification impacterait d’autant plus fortement les systèmes qu’ils dépendent du pâturage.
  • Ensuite, l’emploi d’autres cultures fourragères, et plus particulièrement celui du maïs, peut devenir plus favorable dans certaines zones, mais peut être mis à mal dans d’autres. Les rations alimentaires du bétail s’en trouveraient modifiées.
  • Enfin, la possibilité de réaliser de nouvelles cultures pourrait amener à modifier la structure des différentes productions.

Dans le cadre de l’ORCAE, un groupe de travail dédié à l’agriculture et à la sylviculture a été constitué afin de définir des indicateurs de suivi des impacts du changement climatique sur ces activités. Les travaux de ce groupe de travail sont valorisés dans la rubriqueDonnées et indicateursdu site.

Zoom : Comment moins consommer d'eau pour une exploitation agricole?

Dans un article intitulé Water competition between cities and agriculture driven by climate change and urban growth publié en janvier 2018 dans la revue "Nature Sustainability”, les auteurs préconisent des réformes dans le système d’irrigation d’eau des exploitations agricoles pour rendre le secteur moins consommateur en eau. Ils identifient principalement quatre types de changements :

  • passer à un système plus performant d’irrigation par aspersion et de goutte-à-goutte,
  • diminuer le nombre de fuites dans les infrastructures hydrauliques des champs,
  • changer les variétés de plantes cultivés
  • mieux informer les agriculteurs sur quand et comment irriguer.

Ces changements permettraient d’atteindre 10% d’augmentation en performance des systèmes d’irrigation.

Les forêts d'Auvergne-Rhône-Alpes concernées par le changement climatique

Risques de dépérissement des arbres, d’augmentation de la fréquence et de l’intensité des incendies et extension de la forêt méditerranéenne : le changement climatique pourrait accroître la vulnérabilité des forêts en Auvergne-Rhône-Alpes. Des évolutions notables pour la filière sylvicole, première productrice de bois en France, sont donc à anticiper.

Dépérissement de la forêt

La récurrence des stress hydriques, consécutives à des périodes de sécheresse ou de fortes chaleurs récurrentes, pourrait provoquer un dépérissement forestier.

Cet impact est déjà identifié pour les Cèdres dans le nord de l’Ardèche et le Pilat et pour les Chênes Blancs en Ardèche.

Développement potentiel de ravageurs

L’augmentation des températures, notamment en hiver, pourrait favoriser une extension de l’aire des ravageurs et des pathogènes. En Auvergne-Rhône-Alpes, cela concerne principalement le scolyte de l’épicéa et la chenille processionnaire, dont le développement est favorisé respectivement par les canicules et les étés chauds et secs pour le premier, et par les hausses de températures hivernales pour le second.

Le scolyte, qui pond ses oeufs sur l’écorce des épicéas peut provoquer la mort d’un arbre déjà fragilisé. La chenille processionnaire, dont l’aire de répartition s’étend vers le nord et en altitude, peut fragiliser les pins, dont elle mange les aiguilles.

Augmentation des feux de forêts

L’augmentation de la fréquence des sécheresses et la diminution des précipitations en période estivale pourraient se traduire par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des incendies. Le déplacement vers le Nord d’essences de type méditerranéennes rendrait vulnérable des territoires habituellement peu concernés par les feux de forêts.

Modification des aires de répartition des espèces

L’augmentation prévisible des températures et la diminution des précipitations estivales favoriseraient l’extension de la forêt méditerranéenne au détriment des forêts alpines et subalpines.

Cela se traduirait par une diminution des peuplements de sapins et d’épiceas (sensibles à une variation de 2° C et demandant beaucoup d’eau) et une disparition des peuplements de mélèzes et de pins cembro, qui ne pourraient plus trouver de biotopes adaptés à des altitudes plus élevées. Or ces espèces constituent les espèces majoritaires de l’actuelle économie du bois.

Une exposition aux risques naturels potentiellement accrue

Les impacts du changement climatique sur la fréquence et l’intensité des risques naturels sont difficiles à évaluer et font l’objet de travaux de recherche tant au niveau régional que national. Il est cependant probable que le changement climatique entraînera une augmentation de la fréquence des inondations, des feux de forêt ainsi que du phénomène de retrait-gonflement des argiles. Par son caractère montagneux et la densité de son réseau hydrographique, la région est particulièrement exposée. L’enjeu pour les acteurs travaillant sur la prévention des risques sera d’intégrer le changement climatique dans leurs évaluations et plans d’action.

Les risques naturels déjà très présents en Auvergne-Rhône-Alpes

Plus de 90% des communes d'Auvergne-Rhône-Alpes sont concernées par au moins un type de risque. Le territoire est particulièrement soumis aux risques d’inondation, de retrait-gonflement des argiles, ainsi qu’aux feux de forêt.

Une augmentation potentielle des risques de retrait-gonflement des argiles, d’inondations et de feux de forêt

Si l’impact du changement climatique sur les tempêtes et avalanches est très incertain, une augmentation des phénomènes de retrait-gonflement des argiles, d’inondations et de feux de forêt est attendue.

La vulnérabilité des zones déjà exposées à ces risques aura donc tendance à augmenter. C’est notamment le cas :

  • des Alpes du Nord,exposées aux risques de crues torrentielles, d’avalanches, de mouvements de terrain et de risque sismique,
  • du sud de la région (Drôme, Ardèche), essentiellement concerné par les feux de forêt et les crues cévenoles,
  • de la plaine de la Limagne, qui pourrait fortement être impactée par le phénomène de retrait-gonflement des argiles,
  • de l’agglomération de Clermont-Ferrand, dont le Plan Climat annonce un risque inondation important lors des périodes de fortes pluies,
  • du Velay, pour les feux de forêt.

Les conséquences seront directes sur de nombreux secteurs, qui devront donc anticiper les risques induits : assurances, urbanisme, transports, agriculture, sylviculture et tourisme pourraient ainsi être directement touchés à moyen terme.

Changement climatique et effets sanitaires

Les effets du changement climatique sur la santé concernent de nombreux domaines. En Auvergne-Rhône-Alpes, suite à la canicule de 2003, la surmortalité estivale reste le point de préoccupation prioritaire. Mais d’autres risques, comme la dégradation de la qualité de l’air, de l’eau et les risques naturels, sont également suivis. Les populations les plus exposées sont les personnes âgées et isolées, les enfants en bas âge ou les individus souffrant de troubles chroniques. Il s’agit donc pour les collectivités, acteurs locaux et professionnels de la santé, de mettre en place des actions permettant de prévenir les effets induits par le changement climatique sur les populations.

Vulnérabilité accrue des populations en zone urbaine

En Auvergne-Rhône-Alpes, la concentration des populations dans les villes et le vieillissement de la population, combinées au changement climatique, risquent de conduire à une surmortalité des populationsurbaines, en particulier l’été. Les causes en sont multiples : décès directement liés aux conditions climatiques (coups de chaleur, déshydratation, hyperthermies), décès dus à des maladies de l’appareil respiratoire ou à des maladies cardio-vasculaires (pollution). Les personnes âgées sont les plus vulnérables face à ces risques.

Impact sanitaire et qualité de l’air

Les températures élevées favorisent la production d’ozone, ainsi que la prolifération d’allergènes respiratoires. La dégradation de la qualité de l’air qui en découle aura comme impact l’augmentation des pathologies associées, tels que l’asthme et les rhino conjonctivites allergiques.

Risques liés à la contamination hydrique

La baisse de qualité des eaux de surface utilisées pour produire l’eau potable et la baisse de qualité des eaux de baignade auront potentiellement comme effet l’augmentation de l’exposition des populations à un risque de contamination par l’eau et la nourriture. Le réchauffement pourrait favoriser également le développement des vecteurs de maladies graves comme le moustique tigre vecteur du paludisme, du chikungunya ou de la dengue.

Augmentation de l’exposition de la population aux risques naturels

La recrudescence des feux de forêt et des inondations représentera un risque supplémentaire pour les personnes et les biens qui se trouvent déjà dans des zones à risque.

Les impacts potentiels du changement climatique sur l'énergie et l’industrie

Les impacts du changement climatique sur l’eau risquent d’affecter la production électrique, principalement hydraulique et nucléaire. De plus, le changement climatique aura un impact sur les consommations d’énergie (chauffage et climatisation) dont il faudra également tenir compte. Tout comme pour le secteur de l’énergie, les industries ont besoin d’une ressource en eau en quantité importante et de bonne qualité. Par ailleurs, une part non négligeable des entreprises d'Auvergne-Rhône-Alpes se situe dans des zones exposées à un risque naturel.  Ces différents effets devront être pris en compte par les acteurs concernés afin de les intégrer à leur stratégie future.

La ressource en eau, un élément clé pour la production d’électricité

L'accès à l’eau est primordial pour la production d'électricité, notamment pour les barrages hydroélectriques (stockage des eaux de surface) et les centrales nucléaires (refroidissement des réacteurs).

Ainsi, la diminution de la ressource en eau (sécheresse et étiages sévères) pourra entraîner une diminution du potentiel hydroélectrique et avoir des conséquences sur les conditions de production des centrales thermiques, notamment nucléaires.

La prise en compte de ces effets pourra entraîner un surcoût dans le dimensionnement des futures centrales énergétiques.

Une consommation à la baisse en hiver et à la hausse en été

  • Une baisse des besoins de chauffage en hiver, due à des températures plus douces, est attendue à moyen terme.
  • En contrepartie, l’augmentation des températures en été, par le recours à la climatisation, pourrait entraîner des pics de consommation électrique. Ces pics pourront poser des problèmes de production car ils interviendraient pendant la période de maintenance des centrales nucléaires et d’étiage des fleuves. Ils devront être pris en compte dans la gestion future des réseaux de distribution.

L’impact du changement climatique sur la production d’énergies renouvelables encore incertain

A l’heure actuelle, l’incertitude est trop grande pour pouvoir quantifier l’impact du changement climatique sur le développement des énergies renouvelables (solaire, éolien…).

Une industrie plus souvent exposée aux risques naturels

En Auvergne-Rhône-Alpes, de nombreuses industries sont situées dans des zones exposées aux risques d’inondation (plaines alluviales de la Saône et du Rhône au sud de Lyon, agglomération grenobloise, agglomération clermontoise…) ou aux glissements de terrain (vallées de la Maurienne, de l’Arve). Le changement climatique risque d’aggraver cette exposition.

Les industries consommant de l’eau potentiellement impactées

Les impacts du changement climatique sur l’industrie peuvent également être liés à l’accès à la ressource en eau. Nombre d’entreprises ont besoin d’une ressource en eau en quantité importante et de bonne qualité dans leurs process industriels. Les étiages de plus en plus sévères et la concurrence sur les ressources disponibles risquent donc d’impacter négativement l’activité de certaines industries.

Une biodiversité impactée par le changement climatique

La région Auvergne-Rhône-Alpes est caractérisée par une grande richesse naturelle : importantes réserves naturelles, grandes variétés d’espèces et espèces endémiques. C’est aussi une zone de grandes migrations. Le changement climatique aura donc potentiellement des impacts importants sur cette biodiversité : déplacement d’espèces, modification des cycles biologiques et physiologiques, extinctions locales… Il est cependant difficile d’apprécier le sens exact de cette évolution, d’autant qu’elle est liée à l’évolution de la ressource en eau, de la forêt et de nombreuses autres activités et ressources liées à l’homme.

Déplacement des espèces

Le déplacement des espèces, pour retrouver des conditions voisines des écosystèmes (déplacements d’environ 160 km en distance et 160 m en altitude pour une augmentation de température de 1°c), devrait conduire à une diminution des aires de répartition de certaines espèces, en altitude notamment. Auvergne-Rhône-Alpes abrite ainsi des espèces menacées comme la Cistude d’Europe ou encore certaines espèces montagnardes, particulièrement vulnérables à la hausse des températures, comme le lagopède. Le biotope de végétation méditerranéenne devrait à terme devenir dominant dans une partie des plaines d'Auvergne-Rhône-Alpes, remontant jusqu’au Mâconnais ou au Dijonnais. Cette migration sera également observée pour les espèces aquatiques, avec l’apparition d’espèces thermophiles dans les cours d’eau.

Modification de la phénologie

Une modification des cycles biologiques est attendue, en particulier un déplacement dans le temps des événements périodiques du cycle de la vie animale et végétale lié à des variations des débuts et fins de saison. Ainsi, selon le livre blanc du climat en Savoie (2009), le printemps commence en moyenne de 6 à 8 jours plus tôt en montagne qu’il y a 30 ans (contre 3 jours en plaine). Le Centre de Recherche sur les Ecosystèmes d’Altitude (CREA) observe également des évolutions notamment grâce à un programme de sciences participatives intitulé Phénoclim qui invite le public à mesurer l’impact du changement climatique sur la végétation des Alpes.

 

Impacts sur la physiologie

Des impacts sur la physiologie et les modalités de reproduction des espèces, liés à la modification de leur environnement, sont également envisagés.

Réductions et extinctions d’espèces

Enfin, des réductions ou extinction locales d’espèces sont à prévoir. Le développement et la colonisation des espèces invasives, au détriment des espèces locales, est un phénomène déjà visible en Auvergne-Rhône-Alpes et qui contribue à l’érosion de la biodiversité. Les espèces invasives proviennent souvent de zones biogéographiques plus chaudes. Le changement climatique offre de nouveaux espaces à leur forte capacité de colonisation, notamment via la vallée du Rhône qui joue le rôle de corridor.

 

Des agglomérations et infrastructures de transports sensibles au réchauffement climatique

Les villes sont déjà impactées par le réchauffement climatique en Auvergne-Rhône-Alpes, avec une exposition accrue aux phénomènes de canicules et d’îlots de chaleur urbain. Les impacts du changement climatique (canicules, sécheresses, recrudescence d’événements extrêmes…) auront également des conséquences sur les bâtiments et sur les infrastructures routières et ferroviaires. Face à ces effets, les collectivités mettent en place des stratégies d’adaptation. Cela passe par l’intégration des enjeux climatiques dans les politiques urbaines (documents de planification), ou par la réalisation d’opérations d’aménagement et de gestion des espaces urbains « climato-compatibles ».

L’accentuation des périodes de chaleur impactera les infrastructures de transport

L’augmentation et l’accentuation des périodes de fortes chaleur sont susceptibles de conduire à la dégradation des infrastructures routières (amollissement des routes, création d’ornières etc.) et ferroviaires (déformation des voies).

Ces effets peuvent être très impactant sur la qualité de service et sur les coûts de maintenance supplémentaires qu'ils induiront.

Le confort thermique des bâtiments et des transports sera une préoccupation croissante

L’inconfort thermique dans l’habitat et dans les transports sera un enjeu important en Auvergne-Rhône-Alpes, notamment dans les grandes agglomérations, caractérisées par une densité élevée, où l’on observe d’ores et déjà des phénomènes d’îlot de chaleur urbain.

Or, face à cette situation, la tendance majeure est le recours massif à la climatisation individuelle, mesure d’adaptation spontanée en contradiction avec les enjeux d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et de réduction des consommations d’énergie.

[Mise en page : juin 2019]