Méthodologie de calcul des indicateurs d’impact sur le tourisme d’eau

L’une des conséquences du réchauffement climatique sera, en Auvergne-Rhône-Alpes, de rendre l’eau plus rare, que ce soit dans les cours d’eau, le sol ou les nappes. La pression sur la ressource en eau pourrait entraîner des conflits d’usage de plus en plus marqués, c’est-à-dire, pour les territoires de la région, mettant en concurrence notamment l’agriculture, la production énergétique et le tourisme. De plus, le réchauffement climatique pourrait impacter la qualité des eaux, en favorisant le développement de bactéries et la colonisation par des algues et des espèces invasives et/ou pathogènes. En parallèle, la capacité d’autoépuration des milieux pourrait baisser, ainsi que la capacité de dilution des cours d’eau (source).

Or, le tourisme « consomme » de l’eau pour de multiples utilisations : pour ses usages quotidiens, mais aussi pour la pratique de loisirs tels que la baignade (lacs, rivières, piscines) ou les sports d’eau (canoë-kayak, rafting...). Le tourisme d’eau pourrait ainsi souffrir de la sécheresse induite par le changement climatique, par le manque d’eau que celui-ci entraînera en été d’une part et l’impact qu’il pourrait avoir sur la qualité des eaux de baignade d’autre part.

Plusieurs indicateurs sont étudiés pour analyser les impacts du changement climatique sur la ressource en eau. Les calculs sont effectués du 1er juillet au 31 août. Cette période est qualifiée de « saison estivale ».

  • Paramètres climatiques : moyennes des températures moyennes mensuelles estivales ; cumuls des précipitations mensuelles sur la saison estivale.
  • Débits des cours d’eau : moyennes des débits journaliers sur la saison estivale.
  • Pourcentage de jours de dépassement du seuil d'alerte relative à la disponibilité de la ressource en eau sur la saison estivale : % de jours par an sur juillet-août où le débit de certains cours d’eau est inférieur au seuil d'alerte renforcée et/ou aux valeurs guide d’alerte de niveau 1.
  • Indice de qualité des eaux de baignade : part des eaux de baignade, sur la saison estivale, conformes et non conformes à la réglementation (mesures bactériologiques et physico-chimiques).
  • Fréquentation touristique départementale : nombre total de nuits passées par les clients dans un établissement d'hébergement en juillet-août.
  • Volume d’eau annuel prélevé : somme des volumes annuels prélevés en eau potable dans les zones de tourisme estival.

Indicateurs débits des cours d’eau et dépassement des seuils d’alerte sécheresse

La sélection des stations est faite selon les critères suivants : la station se situe dans une zone touristique, dispose d’un historique d’au moins 10 ans et fournit des données journalières de débit de bonne qualité. Les stations retenues sont référencées dans les arrêtés préfectoraux fixant les mesures de préservation de la ressource en eau en période d’étiage des cours d’eau, afin de pouvoir faire le lien entre débits des eaux et impact sur la population (restriction possible d’eau potable).

Pour chaque station de mesure étudiée, sont calculés les indicateurs suivants :

  • Moyenne des débits moyens journaliers sur la saison estivale (1er juillet-31 août),
  • Pourcentage de jours de dépassement du seuil d’alerte/de vigilance en Ardèche et d’alerte de niveau 1 dans la Drôme sur la saison estivale (1er juillet-31 août) : il s’agit du pourcentage de jours sur la période considérée où le débit moyen est inférieur au seuil d’alerte sécheresse.

Les années marquées comme douteuses (validité année station = 5), ou comprenant plus de 20% de données manquantes sur la période étudiée, ont été exclues des calculs.

Le choix a été fait d’utiliser des courbes pour représenter l’évolution des débits moyens des cours d’eau. Sur les graphiques figurent les moyennes mobiles, calculées annuellement de façon glissante sur 10 ans. Leur utilisation permet de lisser la variation interannuelle et visualiser graphiquement l’évolution du paramètre étudié.

Le pourcentage de jours de dépassement du seuil d’alerte sur la période du 1er juillet au 31 août est représenté sous forme d’histogramme pour chacune des stations de mesure étudiées. Les seuils d’alerte sont relatifs à chaque station de mesure HYDRO et sont fixés par arrêté préfectoral, ou bien sont fournis par le SAGE (Schéma d'aménagement et de gestion des eau) pour les seuils de vigilance. Cet indicateur donne une indication théorique de dépassement du seuil d’alerte, mais ne garantit pas qu’une action (ou mesure de restriction) en ait réellement découlé.

Source des données

Les débits journaliers utilisés pour calculer cet indicateur sont issus de la banque HYDRO, et proviennent des services de l'Etat, Directions Régionales de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL), Direction Départementale des Territoires (DDT), services de prévision des crues, directions départementales de l'agriculture et de la forêt, agences de l'eau, mais aussi d'Electricité de France ou d'organismes de recherche (IRSTEA, universités...), ainsi que des compagnies d'aménagement (la Compagnie d'aménagement des coteaux de Gascogne, la Compagnie nationale du Rhône, la Société du canal de Provence, la Compagnie d'aménagement du Bas-Rhône-Languedoc...).

Indicateur de qualité des eaux de baignade

Les eaux de baignade sont analysées chaque année par les services de l’ARS (Agence régionale de santé) tout au long de la saison estivale (juillet-août).

Est définie comme eau de baignade (article L.1332-2 du code de la santé publique) toute partie des eaux de surface dans laquelle on s'attend à ce qu'un grand nombre de personnes se baignent et pour laquelle la baignade n’est pas interdite de façon permanente. Ne sont pas considérés comme eau de baignade, les bassins de natation et de cure ainsi que les eaux captives soumises à un traitement, utilisées à des fins thérapeutiques ou séparées des eaux de surface et des eaux souterraines.

Les points de surveillance des eaux de baignade sont choisis en fonction de l’importance de la fréquentation, de la nature des lieux et des risques particuliers de pollution pouvant exister (rejets d’eaux usées...). En fonction des résultats des mesures physico-chimiques et bactériologiques réalisées, une note qualitative globale est attribuée à chaque cours d’eau par saison, selon la réglementation en vigueur.

Cette réglementation a évolué au fil des ans : les paramètres de la directive n° 76/160/CEE ont été appliqués jusqu’en 2009, puis de nouvelles dispositions législatives et réglementaires (décret n° 2008-990 du 18 septembre 2008 relatif à la gestion de la qualité des eaux de baignade et des piscines ; Arrêté du 23 septembre 2008 relatif aux règles de traitement des échantillons et aux méthodes de références pour les analyses d'eau dans le cadre de la surveillance de la qualité des eaux de baignade ; Arrêté du 22 septembre 2008 relatif à la fréquence d’échantillonnage et aux modalités d’évaluation et de classement des eaux de baignade), transposant la directive européenne 2006/7/CE, ont été suivies entre 2010 et 2012. Enfin, à partir de la saison balnéaire 2013, le mode de calcul du classement a été modifié en application de la directive européenne 2006/7/CE (notamment, le classement intègre désormais les 4 précédentes saisons d'analyses).

Les points de surveillance permettant le calcul de l’indicateur relatif à la qualité des eaux de baignade remplissent les critères suivants : localisation dans une zone touristique, historique d’au moins 10 ans et données de bonne qualité (exclusion des points de surveillance disposant de données manquantes à plus de 80%).

L’indicateur relatif à la qualité des eaux de baignade présente, pour chaque année, sous forme d’histogramme empilé, le pourcentage des eaux de baignade conformes et non conformes à la réglementation en vigueur chaque année, sur la sélection de points de mesure de chaque département.

Cet indicateur permet d’avoir un aperçu de la qualité bactériologique et physico-chimique des eaux de baignade, ainsi que des accidents qualitatifs ponctuels, qui peuvent alors être analysés au regard des autres paramètres étudiés.

Source des données

L’ARS (Agence régionale de santé) fournit chaque année, sur son site internet, les notes qualitatives des eaux de baignade, qui ont permis le calcul de l’indicateur présenté ci-dessus.

Indicateur de fréquentation touristique

Concernant les données de fréquentation touristique, le niveau le plus fin validé par l’Observatoire régional du tourisme d’Auvergne-Rhône-Alpes est départemental. Il s’agit du nombre total de nuits passées par les clients dans un établissement d'hébergement en juillet-août, sur chaque département étudié.

Source des données

Les observatoires départementaux du tourisme fournissent les chiffres de fréquentation permettant de calculer l’indicateur décrit ci-dessus.

Indicateur volume d’eau annuel prélevé

Les données de prélèvement d'eau sont issues de l'Agence de l'Eau (redevances prélèvements). Les paramètres de classement ont changé en 2008 (notamment le référentiel des usages : distribution, irrigation, refroidissement etc..). Il n’est donc pas possible de réaliser un suivi précis des différents usages. Le suivi des prélèvements d’eau potable est possible cependant, c’est donc ce paramètre qui a été retenu comme indicateur dans cette étude.

Le choix a été fait de construire un indicateur qui présente, sous forme de courbe, l’évolution dans le temps de la somme des volumes captés sur les points de prélèvement communaux sélectionnés. Les données sont filtrées selon les critères « alimentation en eau potable/distribution publique », tous modes de comptage confondus.

Une analyse à un niveau plus fin, par exemple communal, sur la base de ces données, serait biaisée : en effet, une commune peut prélever, en cas de besoin, à l'extérieur de son périmètre (dans une commune voisine par exemple), et donc dans ce cas, sa consommation affecte les prélèvements de la commune voisine.

Source des données

Les Agences de l’Eau (Catalogue des données techniques issues des procédures de redevances) fournissent, sur leur site internet, les données de prélèvement d’eau des communes de France, utilisées pour le calcul de cet indicateur.

[Mise à jour : juin 2019]